dimanche 15 novembre 2015

2015-11-15 - B - 33ème dimanche du temps ordinaire - « Il rassemblera les élus des quatre coins du monde » (Mc 13, 24-32)


33ème dimanche du Temps Ordinaire
1ère lecture : « En ce temps-ci, ton peuple sera délivré » (Dn 12, 1-3)
Lecture du livre du prophète Daniel
    En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges,
celui qui se tient auprès des fils de ton peuple.
Car ce sera un temps de détresse
comme il n’y en a jamais eu
depuis que les nations existent,
jusqu’à ce temps-ci.
Mais en ce temps-ci, ton peuple sera délivré,
tous ceux qui se trouveront inscrits dans le Livre.
    Beaucoup de gens qui dormaient
dans la poussière de la terre
s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle,
les autres pour la honte et la déchéance éternelles.
    Ceux qui ont l’intelligence resplendiront
comme la splendeur du firmament,
et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude
brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais.
    – Parole du Seigneur.
2ème lecture : « Par son unique offrande, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qu’il sanctifie » (He 10, 11-14.18)
Lecture de la lettre aux Hébreux
Dans l’ancienne Alliance,
    tout prêtre, chaque jour, se tenait debout dans le Lieu saint
pour le service liturgique,
et il offrait à maintes reprises les mêmes sacrifices,
qui ne peuvent jamais enlever les péchés.
    Jésus Christ, au contraire,
après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice,
s’est assis pour toujours à la droite de Dieu.
    Il attend désormais
que ses ennemis soient mis sous ses pieds.
    Par son unique offrande,
il a mené pour toujours à leur perfection
ceux qu’il sanctifie.
    Or, quand le pardon est accordé,
on n’offre plus le sacrifice pour le péché.
    – Parole du Seigneur.
Evangile : « Il rassemblera les élus des quatre coins du monde » (Mc 13, 24-32)
Acclamation :
Restez éveillés et priez en tout temps :
ainsi vous pourrez vous tenir debouts devant le Fils de l'homme
Alléluia.
(cf. Lc 21, 36)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
    « En ces jours-là,
après une grande détresse,
le soleil s’obscurcira
et la lune ne donnera plus sa clarté ;
    les étoiles tomberont du ciel,
et les puissances célestes seront ébranlées.
    Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées
avec grande puissance et avec gloire.
    Il enverra les anges
pour rassembler les élus des quatre coins du monde,
depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.
    Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier :
dès que ses branches deviennent tendres
et que sortent les feuilles,
vous savez que l’été est proche.
    De même, vous aussi,
lorsque vous verrez arriver cela,
sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte.
    Amen, je vous le dis :
cette génération ne passera pas
avant que tout cela n’arrive.
    Le ciel et la terre passeront,
mes paroles ne passeront pas.
    Quant à ce jour et à cette heure-là,
nul ne les connaît,
pas même les anges dans le ciel,
pas même le Fils,
mais seulement le Père. »
    – Acclamons la Parole de Dieu.


Ce trente troisième dimanche du temps ordinaire, nous approche de la fin de l’année liturgique.

Avec cette fin d’année liturgique coïncide ces textes de fin des temps que nous venons d’entendre.

Si nous les avons bien écoutés, ils sont durs !
Ils nous parlent de temps de détresse, de soleil qui s’obscurcira, de lune qui perdra son éclat, d’étoiles qui tomberont du ciel.

Toutes ces catastrophes nous les connaissons bien… Et oui, nous les connaissons bien…

Qui d’entre nous n’a pas un jour vu un film catastrophe, lu un livre, un article de journal ou encore regardé avec attention une émission de télévision qui nous parle de l’interprétation que les hommes font de l’apocalypse de Saint Jean, de ce que disent les fameuses prophéties de Nostradamus ou encore de cette fameuse fin du monde que les Mayas nous prédisait pour le vingt et un décembre 2012, à quelques jours de Noël et que nous attendons… C’est bête, on pourrait manquer les cadeaux et le réveillon…

Et c’est vrai que quand on regarde le journal télévisé, on retrouve toutes ces catastrophes qui semblent annoncer la fin du monde…

Les tsunamis, les ouragans, la guerre qui semble continuer à se répandre inexorablement un peu partout et qui s’invitent jusque dans nos assiettes au déjeuner ou au dîner…

Cette fin du monde nous est annoncée depuis longtemps…
En l’an mille déjà les prophéties de Nostradamus faisaient grand bruit et chacun pensait les dernières heures de l’humanité arrivées…

Mais me direz-vous, à cette époque les gens étaient moins instruits et ils ne pouvaient pas analyser la situation comme nous pouvons le faire aujourd’hui…

Les gens intelligents que nous sommes se sont quand même posé des questions quand l’an deux mille est arrivé…
Notre monde allait-il survivre à ce passage dans le troisième millénaire ?
Le bug tant attendu allait-il nous plonger dans un chaos informatique dont les civilisations ne se remettraient pas ?

Et bien non… Le bug n’a pas eu lieu, et malgré le fait que les médias, comme toujours, se soient posées beaucoup de questions, malgré le fait que quelques illuminés de renom se soient empressés de nous vendre la fin du monde se faisant au passage un joyeux pécule pour y survivre, cette fin du monde n’a pas eu lieu…

Alors ? La fin du monde est-elle pour bientôt ?
Pouvons-nous continuer à faire nos emplettes pour Noël et pouvons-nous préparer le réveillon ?

Je n’en sais rien !
Non seulement je n’en sais rien mais en plus je vais vous dire : je m’en fiche complètement !

Je pense que quand nous avons les scénarios de ces psychodrames en tête… Quand nous – et nous c’est moi aussi de temps en temps – quand nous leur donnons une importance qu’ils n’ont pas, quand nous ne faisons que penser à ce que NOUS pourrions perdre nous ne faisons que nous éloigner d’avantage de la vérité de l’Evangile.

Et nous sommes en cela bien aidés par ces médias sensés nous éclairer et qui n’ont quasiment pour seul but que de nous vendre du sensationnel parce que ça fait de l’audimat et surtout des euros qui viennent garnir les poches de celles et ceux qui vivent de la détresse humaines… Ces Pharisiens de l’Evangile de dimanche dernier qui, comme le disait le texte, « …dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement », ces gens qui s’enrichissent sur le dos de la détresse humaines en faignant de nous éclairer.

Où se trouve la vérité de l’Evangile dans tous ces scénarios catastrophes ?

Mais me direz-vous, les textes d’aujourd’hui, ne nous aident pas beaucoup… Eux aussi nous parlent de catastrophe et comme je le disais tout à l’heure de du soleil qui s’obscurcira, de la lune qui perdra son éclat, et des étoiles qui tomberont du ciel.

C’est effectivement ce que nous retenons de ces textes à leur première lecture, comme nous retenons pour vérité certaine les propos des médias dont je viens également de parler…

La vérité de l’Evangile est toute autre et ce ne sont que les limites de notre humanité qui nous empêchent de la voir dans ces textes où elle est cependant évidente.

Dans le texte de la première lecture, Daniel s’adresse à des gens qui sont en situation de détresse et qui se demandent comment continuer à avoir la foi quand la violence des armes s’accélère à leur encontre.

Mais si Daniel nous parle de ces difficultés à la première phrase du texte, il enchaîne immédiatement, et pour le reste du texte, sur tout le bonheur que Saint Michel Archange apportera aux justes, à celles et ceux qui malgré les persécutions n’aurons pas versé dans le camp de la violence mais continueront à vivre leur foi de chrétien…

A ceux-là il est promis « qu’ils brilleront comme la splendeur du firmament »

Le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?

Et le texte de Saint Marc est structuré de la même façon…
Certes il commence par nous parler lui aussi d’étoiles qui tomberont du ciel, du soleil et de la lune dont l’éclat disparaîtra, mais après deux lignes il nous annonce lui aussi l’avènement du royaume de Dieu.

Ces textes ont deux mille ans…

Chaque dimanche, nous tentons de comprendre comment des textes écrits il y a si longtemps nous rejoignent dans notre vingt et unième siècle…
Et là pour une fois c’est l’inverse…

Nous sommes tellement emprunts de notre siècle et de ses difficultés que nous pensons comprendre que toutes ces catastrophes sont encore plus vraies aujourd’hui qu’elles ne l’étaient du temps de Daniel ou de Saint Marc.

C’est encore une fois notre humanité et peut être également un peu de notre orgueil et de notre égoïsme qui nous fait réagir ainsi…

Les catastrophes de tous les siècles sont à la mesure des personnes qui les traversent et celles qui concernaient les persécutions des premiers chrétiens n’étaient de fait pas moins importantes que celles que nous traversons.

Ces textes ne nous parlent pas de la fin DU monde mais de la fin D’UN monde…

Et même si je ne me permettrai pas de chercher à prendre la place de Dieu pour fixer le jour de l’avènement de son règne, je peux, sans trop m’avancer, vous annoncer que le Royaume de Dieu est déjà présent…

Alors certes, si on regarde le journal télévisé ça ne saute pas aux yeux…
Et pourtant le royaume de Dieu est bel et bien déjà en marche…

Il l’est quand le cœur d’un seul homme ou d’une seule femme s’ouvre aux difficultés du monde qui l’entoure et qu’il décide de donner de soi pour aider les autres, les aimer à l’image du Christ…

Il l’est quand un des époux d’un couple en difficulté accepte de remettre ces difficultés dans les mains de Dieu certain que Lui saura alors lui rappeler l’amour qu’il ressentait au premier jour pour traverser la difficulté.

Il l’est quand deux personnes sont en désaccord et que ne fut-ce l’une d’entre elle accepte de déposer dans les mains de Dieu cette difficulté, certain que le Seigneur lui donnera le courage d’aller trouver son frère pour faire la Paix !

Il l’est quand dans une famille en difficulté un parent ou un jeune accepte de déposer dans les mains de Dieu leurs différences de vues certain qu’Il l’aidera à permettre au dialogue de revenir.

Il le sera pour la terre entière quand à force de montrer ce visage de paix et d’amour de Dieu à notre monde, les chrétiens témoigneront tous que l’amour est plus fort que tout !

Dans l’Evangile, l’humanité est comparée à un figuier dont les branches deviennent tendres… C’est cette humanité qui, grâce entre autre au témoignage des chrétiens, s’ouvre à l’Amour de Dieu.

Peut-être vous dites-vous que c’est là un monde idyllique que jamais nous n’atteindrons, qui est bien trop beau pour être vrai…
C’est pourtant bien ce que décrit l’Evangile d’aujourd’hui, ce texte issu de la Parole de Dieu qui est au cœur de notre foi.

Il y a deux mille ans que le Christ a donné sa vie pour nous…
Ces vingt siècles qui sont passés nous ont-ils tellement transformés que nous ne croyons plus à cette promesse de Dieu ?

Une fois de plus donc, c’est bien à notre foi que Dieu en appelle…
Lui qui nous a aimé le premier, Lui qui a donné sa vie pour que nous soyons sauvés, nous invite une nouvelle fois à transformer notre monde en l’aimant Lui et en aimant nos frères comme Lui les aime…


Amen.

dimanche 8 novembre 2015

2015-11-08 - B - 32ème dimanche du temps ordinaire - « Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres » (Mc 12, 38-44)


32ème dimanche du Temps Ordinaire
1ère lecture : « Avec sa farine la veuve fit une petite galette et l’apporta à Élie » (1 R 17, 10-16)
Lecture du premier livre des Rois
En ces jours-là,
    le prophète Élie partit pour Sarepta,
et il parvint à l’entrée de la ville.
Une veuve ramassait du bois ;
il l’appela et lui dit :
« Veux-tu me puiser, avec ta cruche,
un peu d’eau pour que je boive ? »
    Elle alla en puiser.
Il lui dit encore :
« Apporte-moi aussi un morceau de pain. »
    Elle répondit :
« Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu :
je n’ai pas de pain.
J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine,
et un peu d’huile dans un vase.
Je ramasse deux morceaux de bois,
je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste.
Nous le mangerons,
et puis nous mourrons. »
    Élie lui dit alors :
« N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit.
Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ;
ensuite tu en feras pour toi et ton fils.
    Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël :
Jarre de farine point ne s’épuisera,
vase d’huile point ne se videra,
jusqu’au jour où le Seigneur
donnera la pluie pour arroser la terre. »
    La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé,
et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils
eurent à manger.
    Et la jarre de farine ne s’épuisa pas,
et le vase d’huile ne se vida pas,
ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie.
    – Parole du Seigneur.
2ème lecture : « Le Christ s’est offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude » (He 9, 24-28)
Lecture de la lettre aux Hébreux
Le Christ n’est pas entré
dans un sanctuaire fait de main d’homme,
figure du sanctuaire véritable ;
il est entré dans le ciel même,
afin de se tenir maintenant pour nous
devant la face de Dieu.
    Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois,
comme le grand prêtre qui, tous les ans,
entrait dans le sanctuaire
en offrant un sang qui n’était pas le sien ;
    car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion
depuis la fondation du monde.
Mais en fait, c’est une fois pour toutes,
à la fin des temps,
qu’il s’est manifesté
pour détruire le péché par son sacrifice.
    Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois
et puis d’être jugés,
    ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois
pour enlever les péchés de la multitude ;
il apparaîtra une seconde fois,
non plus à cause du péché,
mais pour le salut de ceux qui l’attendent.
    – Parole du Seigneur.
Evangile : « Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres » (Mc 12, 38-44)
Acclamation :
Heureux les pauvres de cœur,
Car le royaume des Cieux est à eux !
Alléluia.
(Mt 5, 3)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
    dans son enseignement, Jésus disait aux foules :
« Méfiez-vous des scribes,
qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat
et qui aiment les salutations sur les places publiques,
    les sièges d’honneur dans les synagogues,
et les places d’honneur dans les dîners.
    Ils dévorent les biens des veuves
et, pour l’apparence, ils font de longues prières :
ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »
    Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor,
et regardait comment la foule y mettait de l’argent.
Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.
    Une pauvre veuve s’avança
et mit deux petites pièces de monnaie.
    Jésus appela ses disciples et leur déclara :
« Amen, je vous le dis :
cette pauvre veuve a mis dans le Trésor
plus que tous les autres.
    Car tous, ils ont pris sur leur superflu,
mais elle, elle a pris sur son indigence :
elle a mis tout ce qu’elle possédait,
tout ce qu’elle avait pour vivre. »
    – Acclamons la Parole de Dieu.


32ème dimanche du temps ordinaire.

Je me plais une fois de plus, à rappeler que ce temps n’a vraiment d’ordinaire que le nom.

Si j’insiste tant au fil des semaines sur ce point, c’est qu’il me paraît important, dans ce temps « ordinaire » justement, de ne pas nous dire que rien ne se passe dans l’Evangile, ou qu’en dehors des grandes fêtes nous pourrions nous sentir comme en repos… en période de récupération avant une nouvelle grande fête.

Ce temps « de l’ordinaire » – Je préfère l’appeler comme cela – nous ramène sans cesse aux fondements de notre foi…
L’ordinaire, doit ici s’entendre au sens de basiques…
Nous sommes sans cesse invités à revisiter les basiques de notre foi, nous sommes sans cesse interpelés sur notre façon de vivre cette foi au quotidien.

Et c’est bien évidemment encore une fois le cas aujourd’hui…

Cette semaine nous en revenons une nouvelle fois à une valeur déjà plusieurs fois évoquée ces dernières semaines : le don de soi… le don TOTAL de soi…

Il n’y a pas trop de toute une vie, de dizaines de dimanches « ordinaires » passés à entendre régulièrement les mêmes textes pour comprendre ce qu’ils veulent dire et à quel point chacun d’entre nous est individuellement concerné.

La tentation est grande, quand la lecture commence, de nous dire : « Ah oui… celui-là je le connais… Il se passe ceci et il arrive cela… »

A peine les premiers mots entendus, nous pensons tout connaître du texte et bien souvent, notre esprit repart aux petites préoccupations de notre quotidien.

C’est dommage… Oui, c’est dommage, car chacune et chacun d’entre nous est invité, d’années en années, de dimanche en dimanche, voir plus si affinités… à écouter ces textes comme si c’était la première fois que nous les entendions…

Si nous apprenons à faire cela, alors, au détour d’une phrase nous apparaîtra peut-être un mot, une attitude que nous n’avions pas remarquée jusque-là et qui soudain nous saute aux yeux, nous rejoignant dans ce que nous vivons à l’instant « T »…

Si nous ne savons pas faire cela, nous nous privons de la Providence de Dieu, cette Providence qui permet à l’Amour de Dieu de se réaliser pour chacune et chacun d’entre nous chaque jour.


Mais revenons-en donc aux textes de ce dimanche…

Le texte de la première lecture nous raconte la rencontre d’Elie et d’une pauvre veuve.

Elie n’a pas été envoyé au désert pour convertir mais pour mendier…
Il n’est pas là avant tout comme l’envoyé de Dieu pour annoncer la bonne Parole, mais comme l’envoyé de Dieu pour recevoir de ses frères.

Et dans ce texte, c’est exactement ce qui se passe…

Cette veuve qui n’espère plus rien de la vie, qui se sent comme on dirait aujourd’hui, au bout du rouleau, et bien cette veuve accepte de partager le peu qui lui reste avec cet homme qu’elle ne connaît pas qui l’interpelle.

Sans doute Elie a-t-il la parole juste, il n’en est pas moins que cette femme qui n’a presque plus rien lui fait confiance et partage avec lui.

Elle est pour nous le symbole de la foi qui partage.

Et c’est de ce petit partage que Dieu fera beaucoup puisqu’il nous est dit que ni la farine ni l’huile ne manqueront désormais…

Ce texte nous dit, et nous pouvons le comprendre simplement, que même nos toutes petites actions sont importantes aux yeux de Dieu et que ces petites actions peuvent avoir des conséquences que nous ne soupçonnons pas…

Un petit sourire, une simple poignée de mains, des petits gestes de nos quotidiens peuvent changer la vie de celui ou celle dont nous ne soupçonnons même pas que Dieu les a mis sur notre route justement pour que nous ayons envers eux ce petit geste d’amour qui pour eux va tout changer.


Et ce texte fait parfaitement écho à l’Evangile d’aujourd’hui.

Le texte de Saint Marc met clairement en avant deux choses : La simplicité qui mène au royaume de Dieu, et l’opposition qu’il y a entre cette simplicité et certaines pratiques de l’époque qui sont d’ailleurs toujours d’actualité dans notre vingt et unième siècle.

La simplicité, c’est celle de cette veuve qui, tout comme dans le texte de Saint Jean, donne tout ce qu’elle a et qui le fait dans une simplicité criante.

Nous faisons ici le parallèle avec notre Dieu qui s’est lui aussi donné complètement dans la plus grande simplicité et même le plus grand dénuement…

C’est ce dénuement que nous allons fêter dans quelques semaines à l’occasion de la très belle fête de Noël.

Nous fêterons alors la naissance de Dieu qui se fait homme dans le froid d’une nuit d’hiver, dans une étable, au milieu des animaux et avec comme premiers témoins les bergers, considérés alors comme des gens peu fréquentables…

Mais ce texte, comme je le disais il y a un instant, met aussi en opposition cette simplicité avec les pratiques qu’il constate…

Et le texte est vraiment très dur : 

« Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat
et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.
Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »

Dans le texte ils se montrent donc en beaux habits non pour servir Dieu mais pour paraître aux yeux des autres.

Ils se donnent bonne conscience en donnant, mais en donnant de leur superflu et non de leur essentiel… Bien trop occupés qu’ils sont à préserver leur petit confort et leurs belles places.

Nous nous indignons quand nous lisons cela… et sans doute, à l’image de Saint Marc, nous aurions tendance à faire nous aussi le procès de ces scribes et à les condamner, mais à les condamner peut être un peu rapidement.

Pourtant, à notre époque ces pratiques continuent…

Je parle très souvent du journal télévisé, mais il fait un tel étalage des comportements humains de notre époque qu’il est pour moi une source d’inspiration permanente…

Là encore, et moi le premier, nous condamnons bien facilement ceux qui font de belles promesses en période électorale et ne les tiennent pas une fois élus…

Nous condamnons également le comportement de telle ou telle vedette, dans le sport par exemple, qui pense pouvoir s’appuyer sur sa notoriété pour tout se permettre méprisant les lois et au passage les autres…

Le texte d’Evangile qui nous est proposé aujourd’hui l’est pour que nous prenions garde nous aussi à ne pas être placés un jour dans le camp des scribes…

Pour nous aussi, dans notre travail, dans nos activités et même dans nos paroisses, la tentation est grande de rechercher les premières places…

Après tout, c’est bien agréable de recevoir des éloges et d’attirer l’admiration des autres…

Peut-être oublions nous alors que ce qui est le plus important c’est le regard de Dieu…  Et il n’y a qu’à revenir à notre texte d’Evangile si nous voulons nous en convaincre…

Cette petite veuve qui ne donne « que » deux pièces… Aucun de ceux qui l’entourent ne l’a remarquée… Mais Jésus lui, Dieu fait homme, l’a remarquée !

Cet Evangile rejoint également celui des béatitudes que nous entendions le jour de la Toussaint : « Heureux les pauvres de cœurs » ceux qui n’ont rien, ceux qui ne comptent pas aux yeux des autres mais qui sont heureux quand même car ils comptent aux yeux de Dieu !

« Ce qui fait la valeur d’une vie » nous dit Saint Jean, « c’est notre amour de tous les jours pour tous ceux et celles qui nous entourent ».

Guynemer quant à lui disait « Tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné. »

Je me permettrai d’ajouter pour ma part que tout ce qui n’est pas donné est perdu !

Le Seigneur souhaite que nous agissions comme cela devant lui. Il attend de nous que nous donnions sans cesse le meilleur de nous-même à chacune et chacun de celles et ceux qu’il met sur notre route de Chrétien, car c’est bien au nom de notre foi qu’il nous appelle à aimer les autres.

Il nous invite à nous débarrasser de toute hypocrisie, il nous demande d’apprendre à prendre la dernière place en toute circonstance et à préférer son regard aux félicitations éphémères de notre monde.

Un symbole fort nous est laissé pour nous rappeler cela chaque jour et pour nous aider à nous reprendre chaque fois que nous glissons.

Ce symbole c’est la croix !

La lettre aux Hébreux de la seconde lecture nous rappelle que par Sa Passion le Christ a changé l’histoire.

Chaque fois que nous regardons la croix, nous devons nous souvenir que le Christ est mort pour nous en souffrant pour nous et que c’est en mourant aux autres que nous aimons Dieu…  Aimer c’est un don gratuit de soi aux autres… Ce n’est pas un acte dans lequel nous calculons ce que cela peut nous rapporter…

Cela peut nous paraître bien difficile, bien au-delà de nos capacités parfois…

Si tel est le cas, alors ne faisons pas que passer devant la croix.

Arrêtons-nous et prions le Seigneur… Prions le de nous apprendre à donner le meilleur de nous-mêmes, de nous aider à remplir notre vie de Son amour pour Lui et pour nos frères.


Amen.