dimanche 8 novembre 2015

2015-11-08 - B - 32ème dimanche du temps ordinaire - « Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres » (Mc 12, 38-44)


32ème dimanche du Temps Ordinaire
1ère lecture : « Avec sa farine la veuve fit une petite galette et l’apporta à Élie » (1 R 17, 10-16)
Lecture du premier livre des Rois
En ces jours-là,
    le prophète Élie partit pour Sarepta,
et il parvint à l’entrée de la ville.
Une veuve ramassait du bois ;
il l’appela et lui dit :
« Veux-tu me puiser, avec ta cruche,
un peu d’eau pour que je boive ? »
    Elle alla en puiser.
Il lui dit encore :
« Apporte-moi aussi un morceau de pain. »
    Elle répondit :
« Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu :
je n’ai pas de pain.
J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine,
et un peu d’huile dans un vase.
Je ramasse deux morceaux de bois,
je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste.
Nous le mangerons,
et puis nous mourrons. »
    Élie lui dit alors :
« N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit.
Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ;
ensuite tu en feras pour toi et ton fils.
    Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël :
Jarre de farine point ne s’épuisera,
vase d’huile point ne se videra,
jusqu’au jour où le Seigneur
donnera la pluie pour arroser la terre. »
    La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé,
et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils
eurent à manger.
    Et la jarre de farine ne s’épuisa pas,
et le vase d’huile ne se vida pas,
ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie.
    – Parole du Seigneur.
2ème lecture : « Le Christ s’est offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude » (He 9, 24-28)
Lecture de la lettre aux Hébreux
Le Christ n’est pas entré
dans un sanctuaire fait de main d’homme,
figure du sanctuaire véritable ;
il est entré dans le ciel même,
afin de se tenir maintenant pour nous
devant la face de Dieu.
    Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois,
comme le grand prêtre qui, tous les ans,
entrait dans le sanctuaire
en offrant un sang qui n’était pas le sien ;
    car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion
depuis la fondation du monde.
Mais en fait, c’est une fois pour toutes,
à la fin des temps,
qu’il s’est manifesté
pour détruire le péché par son sacrifice.
    Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois
et puis d’être jugés,
    ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois
pour enlever les péchés de la multitude ;
il apparaîtra une seconde fois,
non plus à cause du péché,
mais pour le salut de ceux qui l’attendent.
    – Parole du Seigneur.
Evangile : « Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres » (Mc 12, 38-44)
Acclamation :
Heureux les pauvres de cœur,
Car le royaume des Cieux est à eux !
Alléluia.
(Mt 5, 3)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
    dans son enseignement, Jésus disait aux foules :
« Méfiez-vous des scribes,
qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat
et qui aiment les salutations sur les places publiques,
    les sièges d’honneur dans les synagogues,
et les places d’honneur dans les dîners.
    Ils dévorent les biens des veuves
et, pour l’apparence, ils font de longues prières :
ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »
    Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor,
et regardait comment la foule y mettait de l’argent.
Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.
    Une pauvre veuve s’avança
et mit deux petites pièces de monnaie.
    Jésus appela ses disciples et leur déclara :
« Amen, je vous le dis :
cette pauvre veuve a mis dans le Trésor
plus que tous les autres.
    Car tous, ils ont pris sur leur superflu,
mais elle, elle a pris sur son indigence :
elle a mis tout ce qu’elle possédait,
tout ce qu’elle avait pour vivre. »
    – Acclamons la Parole de Dieu.


32ème dimanche du temps ordinaire.

Je me plais une fois de plus, à rappeler que ce temps n’a vraiment d’ordinaire que le nom.

Si j’insiste tant au fil des semaines sur ce point, c’est qu’il me paraît important, dans ce temps « ordinaire » justement, de ne pas nous dire que rien ne se passe dans l’Evangile, ou qu’en dehors des grandes fêtes nous pourrions nous sentir comme en repos… en période de récupération avant une nouvelle grande fête.

Ce temps « de l’ordinaire » – Je préfère l’appeler comme cela – nous ramène sans cesse aux fondements de notre foi…
L’ordinaire, doit ici s’entendre au sens de basiques…
Nous sommes sans cesse invités à revisiter les basiques de notre foi, nous sommes sans cesse interpelés sur notre façon de vivre cette foi au quotidien.

Et c’est bien évidemment encore une fois le cas aujourd’hui…

Cette semaine nous en revenons une nouvelle fois à une valeur déjà plusieurs fois évoquée ces dernières semaines : le don de soi… le don TOTAL de soi…

Il n’y a pas trop de toute une vie, de dizaines de dimanches « ordinaires » passés à entendre régulièrement les mêmes textes pour comprendre ce qu’ils veulent dire et à quel point chacun d’entre nous est individuellement concerné.

La tentation est grande, quand la lecture commence, de nous dire : « Ah oui… celui-là je le connais… Il se passe ceci et il arrive cela… »

A peine les premiers mots entendus, nous pensons tout connaître du texte et bien souvent, notre esprit repart aux petites préoccupations de notre quotidien.

C’est dommage… Oui, c’est dommage, car chacune et chacun d’entre nous est invité, d’années en années, de dimanche en dimanche, voir plus si affinités… à écouter ces textes comme si c’était la première fois que nous les entendions…

Si nous apprenons à faire cela, alors, au détour d’une phrase nous apparaîtra peut-être un mot, une attitude que nous n’avions pas remarquée jusque-là et qui soudain nous saute aux yeux, nous rejoignant dans ce que nous vivons à l’instant « T »…

Si nous ne savons pas faire cela, nous nous privons de la Providence de Dieu, cette Providence qui permet à l’Amour de Dieu de se réaliser pour chacune et chacun d’entre nous chaque jour.


Mais revenons-en donc aux textes de ce dimanche…

Le texte de la première lecture nous raconte la rencontre d’Elie et d’une pauvre veuve.

Elie n’a pas été envoyé au désert pour convertir mais pour mendier…
Il n’est pas là avant tout comme l’envoyé de Dieu pour annoncer la bonne Parole, mais comme l’envoyé de Dieu pour recevoir de ses frères.

Et dans ce texte, c’est exactement ce qui se passe…

Cette veuve qui n’espère plus rien de la vie, qui se sent comme on dirait aujourd’hui, au bout du rouleau, et bien cette veuve accepte de partager le peu qui lui reste avec cet homme qu’elle ne connaît pas qui l’interpelle.

Sans doute Elie a-t-il la parole juste, il n’en est pas moins que cette femme qui n’a presque plus rien lui fait confiance et partage avec lui.

Elle est pour nous le symbole de la foi qui partage.

Et c’est de ce petit partage que Dieu fera beaucoup puisqu’il nous est dit que ni la farine ni l’huile ne manqueront désormais…

Ce texte nous dit, et nous pouvons le comprendre simplement, que même nos toutes petites actions sont importantes aux yeux de Dieu et que ces petites actions peuvent avoir des conséquences que nous ne soupçonnons pas…

Un petit sourire, une simple poignée de mains, des petits gestes de nos quotidiens peuvent changer la vie de celui ou celle dont nous ne soupçonnons même pas que Dieu les a mis sur notre route justement pour que nous ayons envers eux ce petit geste d’amour qui pour eux va tout changer.


Et ce texte fait parfaitement écho à l’Evangile d’aujourd’hui.

Le texte de Saint Marc met clairement en avant deux choses : La simplicité qui mène au royaume de Dieu, et l’opposition qu’il y a entre cette simplicité et certaines pratiques de l’époque qui sont d’ailleurs toujours d’actualité dans notre vingt et unième siècle.

La simplicité, c’est celle de cette veuve qui, tout comme dans le texte de Saint Jean, donne tout ce qu’elle a et qui le fait dans une simplicité criante.

Nous faisons ici le parallèle avec notre Dieu qui s’est lui aussi donné complètement dans la plus grande simplicité et même le plus grand dénuement…

C’est ce dénuement que nous allons fêter dans quelques semaines à l’occasion de la très belle fête de Noël.

Nous fêterons alors la naissance de Dieu qui se fait homme dans le froid d’une nuit d’hiver, dans une étable, au milieu des animaux et avec comme premiers témoins les bergers, considérés alors comme des gens peu fréquentables…

Mais ce texte, comme je le disais il y a un instant, met aussi en opposition cette simplicité avec les pratiques qu’il constate…

Et le texte est vraiment très dur : 

« Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat
et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.
Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »

Dans le texte ils se montrent donc en beaux habits non pour servir Dieu mais pour paraître aux yeux des autres.

Ils se donnent bonne conscience en donnant, mais en donnant de leur superflu et non de leur essentiel… Bien trop occupés qu’ils sont à préserver leur petit confort et leurs belles places.

Nous nous indignons quand nous lisons cela… et sans doute, à l’image de Saint Marc, nous aurions tendance à faire nous aussi le procès de ces scribes et à les condamner, mais à les condamner peut être un peu rapidement.

Pourtant, à notre époque ces pratiques continuent…

Je parle très souvent du journal télévisé, mais il fait un tel étalage des comportements humains de notre époque qu’il est pour moi une source d’inspiration permanente…

Là encore, et moi le premier, nous condamnons bien facilement ceux qui font de belles promesses en période électorale et ne les tiennent pas une fois élus…

Nous condamnons également le comportement de telle ou telle vedette, dans le sport par exemple, qui pense pouvoir s’appuyer sur sa notoriété pour tout se permettre méprisant les lois et au passage les autres…

Le texte d’Evangile qui nous est proposé aujourd’hui l’est pour que nous prenions garde nous aussi à ne pas être placés un jour dans le camp des scribes…

Pour nous aussi, dans notre travail, dans nos activités et même dans nos paroisses, la tentation est grande de rechercher les premières places…

Après tout, c’est bien agréable de recevoir des éloges et d’attirer l’admiration des autres…

Peut-être oublions nous alors que ce qui est le plus important c’est le regard de Dieu…  Et il n’y a qu’à revenir à notre texte d’Evangile si nous voulons nous en convaincre…

Cette petite veuve qui ne donne « que » deux pièces… Aucun de ceux qui l’entourent ne l’a remarquée… Mais Jésus lui, Dieu fait homme, l’a remarquée !

Cet Evangile rejoint également celui des béatitudes que nous entendions le jour de la Toussaint : « Heureux les pauvres de cœurs » ceux qui n’ont rien, ceux qui ne comptent pas aux yeux des autres mais qui sont heureux quand même car ils comptent aux yeux de Dieu !

« Ce qui fait la valeur d’une vie » nous dit Saint Jean, « c’est notre amour de tous les jours pour tous ceux et celles qui nous entourent ».

Guynemer quant à lui disait « Tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné. »

Je me permettrai d’ajouter pour ma part que tout ce qui n’est pas donné est perdu !

Le Seigneur souhaite que nous agissions comme cela devant lui. Il attend de nous que nous donnions sans cesse le meilleur de nous-même à chacune et chacun de celles et ceux qu’il met sur notre route de Chrétien, car c’est bien au nom de notre foi qu’il nous appelle à aimer les autres.

Il nous invite à nous débarrasser de toute hypocrisie, il nous demande d’apprendre à prendre la dernière place en toute circonstance et à préférer son regard aux félicitations éphémères de notre monde.

Un symbole fort nous est laissé pour nous rappeler cela chaque jour et pour nous aider à nous reprendre chaque fois que nous glissons.

Ce symbole c’est la croix !

La lettre aux Hébreux de la seconde lecture nous rappelle que par Sa Passion le Christ a changé l’histoire.

Chaque fois que nous regardons la croix, nous devons nous souvenir que le Christ est mort pour nous en souffrant pour nous et que c’est en mourant aux autres que nous aimons Dieu…  Aimer c’est un don gratuit de soi aux autres… Ce n’est pas un acte dans lequel nous calculons ce que cela peut nous rapporter…

Cela peut nous paraître bien difficile, bien au-delà de nos capacités parfois…

Si tel est le cas, alors ne faisons pas que passer devant la croix.

Arrêtons-nous et prions le Seigneur… Prions le de nous apprendre à donner le meilleur de nous-mêmes, de nous aider à remplir notre vie de Son amour pour Lui et pour nos frères.


Amen.

dimanche 1 novembre 2015

2015-11-01 - B - Tous les Saints - Solennité - « Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5, 1-12a)


31ème Semaine du Temps Ordinaire
Tous les Saints - Solennité
1ère lecture : « Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 2-4.9-14)
Lecture de l'Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean,
    j’ai vu un ange
qui montait du côté où le soleil se lève,
avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ;
d’une voix forte, il cria aux quatre anges
qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer :
    « Ne faites pas de mal à la terre,
ni à la mer, ni aux arbres,
avant que nous ayons marqué du sceau
le front des serviteurs de notre Dieu. »
    Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau :
ils étaient cent quarante-quatre mille,
de toutes les tribus des fils d’Israël.
    Après cela, j’ai vu :
et voici une foule immense,
que nul ne pouvait dénombrer,
une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues.
Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau,
vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main.
    Et ils s’écriaient d’une voix forte :
« Le salut appartient à notre Dieu
qui siège sur le Trône
et à l’Agneau ! »
    Tous les anges se tenaient debout autour du Trône,
autour des Anciens et des quatre Vivants ;
se jetant devant le Trône, face contre terre,
ils se prosternèrent devant Dieu.
    Et ils disaient :
« Amen !
Louange, gloire, sagesse et action de grâce,
honneur, puissance et force
à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »
    L’un des Anciens prit alors la parole et me dit :
« Ces gens vêtus de robes blanches,
qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »
    Je lui répondis :
« Mon seigneur, toi, tu le sais. »
Il me dit :
« Ceux-là viennent de la grande épreuve ;
ils ont lavé leurs robes,
ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »
    – Parole du Seigneur.
2ème lecture : « Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-3)
Lecture de la première lettre de saint Jean
Bien-aimés,
    voyez quel grand amour nous a donné le Père
pour que nous soyons appelés enfants de Dieu
– et nous le sommes.
Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas :
c’est qu’il n’a pas connu Dieu.
    Bien-aimés,
dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu,
mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté.
Nous le savons : quand cela sera manifesté,
nous lui serons semblables
car nous le verrons tel qu’il est.
    Et quiconque met en lui une telle espérance
se rend pur comme lui-même est pur.
    – Parole du Seigneur.
Evangile : « Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5, 1-12a)
Acclamation :
Venez à moi,
vous tous qui peinez sous le poids du fardeau,
dit le Seigneur,
et moi, je vous procurerai le repos.
Alléluia.
(Mt 11, 28)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
    voyant les foules, Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
    Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait :
    « Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux ceux qui pleurent,
car ils seront consolés.
    Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
    Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés.
    Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.
    Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
    Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
    Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi.
    Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux ! »
    – Acclamons la Parole de Dieu.


En cette fête de toussaint - la fête de tous les saints - les textes qui nous sont proposés, pourraient nous sembler tourner autour du noir et de la mort…

L’Apocalypse de Saint Jean nous parle de ceux qui sont morts.
Le texte de Saint Jean nous parle de la rencontre avec Dieu quand nous serons morts.
Il n’y a que le texte d’Evangile qui semble nous parler de joie, une joie que bien souvent nous trouvons naïve dans ce texte que nous connaissons bien.

En fait ces trois textes nous parlent d’un seul et même sujet : La Sainteté !
Mais pas une sainteté réservée à une élite… une sainteté qui concerne chacune et chacun d’entre nous.

Mais reprenons les textes dans l’ordre si vous le voulez bien, pour que nous puissions y découvrir tout cela.

Et commençons donc par le texte de l’Apocalypse de Saint Jean.
Encore aujourd’hui, même pour nombre de chrétiens, l’Apocalypse fait peur…
Le cinéma et la littérature n’y sont sans doute pas pour rien.

Chaque fois qu’on emploie le mot « Apocalypse » quelque part, on nous suggère la fin du monde, des catastrophes plus sanglantes et plus énormes les unes que les autres qui viennent ravager notre planète.

Nous avons tous vu au moins un film nous relatant la fin du monde dans ces conditions « Apocalyptiques » justement…

Le mot « apocalypse » vient du Grec et veut dire « révélation ».
Bien loin du sens commun que nous en avons aujourd’hui et qui parle effectivement de grandes catastrophes, ce mot décrivait – et décrit toujours d’ailleurs – un récit de choses grandioses qui est destiné à soutenir la foi.

Et c’est vrai que le texte qui nous est proposé est grandiose…
Il nous décrit une multitude habillée de blanc, une foule dont les robes sont « blanchies par le sang de l’Agneau. »

Ce récit, cette vision de Jean trouve tout à fait sa place dans le thème de la Sainteté de ce dimanche.

Toutes ces personnes, cette foule innombrable dont nous parle Saint Jean c’est nous, le peuple de Dieu… Un peuple composé de personnes qui comme nous ne sont sans doute pas des grands Saints depuis leur naissance, mais des personnes qui se sont laissées éclairées par Dieu et qui malgré leurs imperfections sont dans la gloire de Dieu.

Ce texte était fait pour soutenir la foi des contemporains de Saint Jean, il  est également fait pour soutenir notre propre foi des dizaines de siècles plus tard.

Il nous rappelle que nous aussi, aussi imparfaits que nous sommes, nous pouvons prétendre à la sainteté si nous nous laissons guider par Dieu…
Ça peut nous sembler impossible à nous, mais n’oublions pas que rien n’est impossible à Dieu !


Dans la seconde lecture, Saint Jean – toujours lui – enfonce le clou si je puis dire.
Il nous dit que chacun de nous est « un enfant bien-aimé de Dieu » !

Un jour nous verrons Dieu tel qu’il est …
Voilà un mystère de plus… Car aucun de nos mots ne nous permet d’imaginer ce que sera cette rencontre, cette découverte…

Nous nous disons que Dieu est grand… Mais chacun de nous a sa propre définition, sa propre vision du Père…

Saint Jean nous apprend ici que la rencontre du Père est quelque chose à vivre dès aujourd’hui, dans notre vie terrestre…
Il nous dit qu’il est normal que nos mots ne puissent décrire Dieu puisque cette rencontre est quelque chose qui se vit dans nos cœurs !

Et vient pour terminer le texte des béatitudes…
« Heureux les pauvres… Heureux ceux qui pleurent…Heureux ceux qui sont persécutés… ».
Quand on le lit tel quel et qu’on ne cherche pas à en découvrir le sens, ce texte peut faire peur et le chemin qu’il nous décrit s’apparente bien plus à un chemin de croix qu’à un chemin de bonheur !

Ceux qui lisent cela sans en comprendre le sens continuent à croire que c’est en amassant les choses de notre monde, en les possédant et en en ayant beaucoup qu’ils se mettront à l’abri du mal et de la peine…

« Heureux les pauvres… » alors que notre monde pense qu’il faut être riche pour être heureux.
« Heureux ceux qui pleurent… » alors que notre monde pense que c’est en amassant qu’on sera heureux et qu’on évitera les larmes.
« Heureux ceux qui sont persécutés… » alors que notre monde continue à penser que c’est en se trouvant du côté des forts qu’on évitera les douleurs de la persécution.

Et notre monde se trompe…

Combien de coupures de journaux, combien de reportages télévisés nous montrent que tous ces biens ne sont éphémères… Combien posséder peut être triste et avilissant…

Souvent quand je dis cela on me répond : « C’est facile à dire quand on ne possède rien ! » une phrase qui symbolise encore combien il nous est difficile de nous détacher de toutes ces choses matérielles que nous aimons posséder et sans lesquelles nous avons l’impression que nous n’existerions pas.

Ce n’est qu’en confiant réellement sa vie à Dieu chaque jour qu’on peut être heureux.
Il sait lui de quoi nous avons vraiment besoin.

Apprendre à se confier à lui c’est apprendre à découvrir petit à petit ce qui est réellement nécessaire à notre vie.

C’est aussi ainsi que nous pouvons apprendre à nous détacher de ce que nous possédons… Nous apprenons également à découvrir ce Dieu qui n’abandonne jamais son peuple et donne à chacun de ses enfants ce dont il a vraiment besoin !

Dieu nous Aime et nous invite à l’aimer en retour !
Dans cet amour tous nos besoins sont présents.

Mettre Dieu en premier de tout dans notre vie est la plus belle recette de bonheur.

Il n’y a que Lui qui puisse combler toute vie… Mais il faut justement parfois toute une vie pour le découvrir…

C’est le chemin de sainteté qui nous est proposé !

Et comprenons bien : les saints que nous fêtons aujourd’hui ne sont pas des gens qui ont été irréprochables tout au long de leur vie !

La sainteté ne se gagne pas à coup de bons points !

Ce n’est pas parce qu’on aura fait plus de bonnes actions que son voisin qu’on aura plus vite que lui accès au royaume de Dieu.

Ce n’est pas à force d’accumuler des bonnes actions comme des bonnes notes que nous serons mieux placés dans un classement imaginaire de Dieu !

Penser cela, vivre en ce sens c’est encore une fois vouloir se baser sur des référentiels humains.
Penser cela, c’est réduire Dieu à l’apothicaire qu’Il n’est pas.

Je l’ai déjà dit et je le répète : Dieu n’a pas de grand livre sur les pages duquel Il aurait tous nos noms et où il mettrait un rond vert chaque fois que nous faisons une bonne action ou une croix rouge chaque fois que nous en faisons une mauvaise.

Ce que Dieu attends de nous, ce qui nous permettra d’accéder un jour à son royaume, c’est le fait de choisir librement de le laisser agir en nous et de lui faire confiance pour nous emmener sur les chemins du vrai bonheur !

Avec l’infinie délicatesse qui traduit tout l’amour qu’Il a pour nous, il nous aide à avancer étape par étape, en nous prenant là où nous sommes, avec nos qualités mais aussi nos limites, sans jamais se lasser pour que nous finissions par abandonner tout ce qui nous retient loin de Lui.

En préparant cette homélie, je suis tombé sur une histoire… L’histoire d’une petite fille qui regardait les vitraux d’une église.
Une personne lui expliquait qui étaient la Vierge Marie, Saint Joseph, Sainte Thérèse que la petite fille voyait sur ces vitraux.

Quelques jours plus tard, alors qu’elle était dans son groupe de catéchisme, on demanda aux enfants s’ils savaient ce qu’est un Saint.
Et la petite fille de répondre aussitôt : « C’est quelqu’un qui laisse passer la lumière. »

Sans le savoir cette petite fille avait tout compris.
Un Saint est quelqu’un qui se laisse traverser par la lumière éclatante de l’Amour de Dieu, un Amour qu’il contribue à éclairer la vie de celles et ceux qui l’entourent.

Voilà la Sainteté… Elle est effectivement accessible à chacune et chacun d’entre nous.
Il suffit  - mais je sais qu’en disant cela je n’ai pas dit grand-chose – il suffit de nous laisser éclairer par l’Amour de Dieu…

Ça peut nous paraître difficile comme ça de but en blanc…
Et pourtant c’est à notre portée.
Une fois encore il nous suffit de le vouloir.


Amen.