dimanche 13 septembre 2015

2015-09-13 - B - 24ème dimanche du temps ordinaire - « Tu es le Christ… Il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup » (Mc 8, 27-35)


24ème dimanche du Temps Ordinaire
1ère lecture : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient » (Is 50, 5-9a)
Lecture du livre du prophète Isaïe
Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille,
et moi, je ne me suis pas révolté,
je ne me suis pas dérobé.
    J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient,
et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.
Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats.
    Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ;
c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages,
c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre :
je sais que je ne serai pas confondu.
    Il est proche, Celui qui me justifie.
Quelqu’un veut-il plaider contre moi ?
Comparaissons ensemble !
Quelqu’un veut-il m’attaquer en justice ?
Qu’il s’avance vers moi !
    Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ;
qui donc me condamnera ?
    – Parole du Seigneur.
2ème lecture : « La foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (Jc 2, 14-18)
Lecture de la lettre de saint Jacques
Mes frères,
si quelqu’un prétend avoir la foi,
sans la mettre en œuvre,
à quoi cela sert-il ?
Sa foi peut-elle le sauver ?
    Supposons qu’un frère ou une sœur
n’ait pas de quoi s’habiller,
ni de quoi manger tous les jours ;
    si l’un de vous leur dit :
« Allez en paix !
Mettez-vous au chaud,
et mangez à votre faim ! »
sans leur donner le nécessaire pour vivre,
à quoi cela sert-il ?
    Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre,
est bel et bien morte.
    En revanche, on va dire :
« Toi, tu as la foi ;
moi, j’ai les œuvres.
Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ;
moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. »
    – Parole du Seigneur.
Evangile : « Tu es le Christ… Il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup » (Mc 8, 27-35)
Acclamation :
Que la croix du Seigneur soit ma seule fierté !
Par elle, le monde est crucifié pour moi,
et moi pour le monde.
Alléluia.
(Ga 6, 14)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
    Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples,
vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe.
Chemin faisant, il interrogeait ses disciples :
« Au dire des gens, qui suis-je ? »
    Ils lui répondirent :
« Jean le Baptiste ;
pour d’autres, Élie ;
pour d’autres, un des prophètes. »   
Et lui les interrogeait :
« Et vous, que dites-vous ?
Pour vous, qui suis-je ? »
Pierre, prenant la parole, lui dit :
« Tu es le Christ. »
    Alors, il leur défendit vivement
de parler de lui à personne.
    Il commença à leur enseigner
qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup,
qu’il soit rejeté par les anciens,
les grands prêtres et les scribes,
qu’il soit tué,
et que, trois jours après, il ressuscite.
    Jésus disait cette parole ouvertement.
Pierre, le prenant à part,
se mit à lui faire de vifs reproches.
    Mais Jésus se retourna
et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre :
« Passe derrière moi, Satan !
Tes pensées ne sont pas celles de Dieu,
mais celles des hommes. »
    Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit :
« Si quelqu’un veut marcher à ma suite,
qu’il renonce à lui-même,
qu’il prenne sa croix
et qu’il me suive.
    Car celui qui veut sauver sa vie
la perdra ;
mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile
la sauvera. »
    – Acclamons la Parole de Dieu.


« Et pour vous qui suis-je ? » Voilà la question que Jésus pose à chacun d’entre nous aujourd’hui…

Et pour nous introduire à cette question que nous soumet l’Evangile, nous avons commencé par entendre les textes d’Isaïe et de Saint Jacques.

Isaïe nous introduit à la notion du « serviteur souffrant » sur laquelle nous reviendrons dans l’Evangile… mais un serviteur qui ne perd pas la foi.

C’est un texte très ancien et pour le comprendre il faut remettre ces paroles dans leur contexte historique.

Isaïe doit faire face à des adversaires virulents et les croyants de cette époque ne sont qu’un petit peuple qui découvre Dieu, des petites gens qui sont souvent méprisés, voir persécutés par tous ceux qui les entourent…  Il n’a pas fallu attendre le 21ème siècle vous voyez…

La bonne nouvelle qui est dans ce texte est la bonne nouvelle qui nous est encore adressée deux mille ans plus tard : Dieu n’abandonne aucun de ses serviteurs !

Ça nous le savons… mais peut être que certains d’entre vous pourraient me dire « Ça nous fait une belle jambe… »

Car c’est vrai après tout… personne d’entre nous ne l’a jamais vu descendre du ciel pour venir nous aider à régler les problèmes que rencontrent chacune de nos vies, les douleurs que chacun d’entre nous peut ressentir dans les moments difficiles de sa vie…

Mais laissons là cette idée pour le moment…
Nous y reviendrons avec l’Evangile !

Vient ensuite la lettre de Saint Jacques qui complète le texte d’Isaïe, une lettre ô combien d’actualité encore aujourd’hui.

Saint Jacques nous rappelle, comme il l’a d’ailleurs fait dans les textes que nous avons entendus ces deux dernières semaines, que l’amour de Dieu n’est rien sans l’amour de nos frères…
Il va même plus loin…
Il nous dit que si nous nous contentons de belles paroles envers Dieu, si nous participons au culte mais que nous ne tournons pas notre regard et nos actes vers nos frères, alors notre foi ne vaut rien, et il va même jusqu’à dire que cette foi est alors bel et bien morte.

Arrêtons-nous justement sur cette notion quelques instants…

Si nous venons à la messe tous les dimanches, si nous faisons bien nos prières chaque jour mais que nous ne sommes pas – bien sûr à la mesure de nos capacités – des membres actifs de l’Eglise que nous a laissé le Christ, alors notre foi ne vaut rien !

Pour expliquer le signe de croix aux jeunes de 6ème qui se préparent à la profession de foi, nous partons des deux bois qui composent la sainte croix, deux bois qui rappellent à chaque chrétien qu’il y a deux dimensions à notre foi.

La première [faire le geste] va du Père vers notre humanité et de notre humanité vers le Père.
C’est lui qui nous a aimés le premier…
C’est lui qui ne cesse de s’adresser à chacun d’entre nous
Notre réponse par la prière et la participation au mystère Eucharistique est une très belle chose.

Mais cette très belle chose n’est rien sans ce bois horizontal [faire le geste] qui représente notre relation avec nos frères.

Il nous est impossible d’aller vers le Père [faire le geste] si nous ne passons pas par l’amour de nos frères, si nous ne passons pas par ce souci quotidien de leur bien être…

Le signe de croix que nous faisons chaque jour – j’espère – est le rappel de ces deux dimensions.

Saint Jacques nous le dit très bien : « Ainsi donc, celui qui n’agit pas, sa foi est bel et bien morte… »

Et ces deux textes nous amènent enfin à la question de l’Evangile « Et pour vous qui suis-je ? »

C’est une question que Jésus pose à ses contemporains mais qu’une nouvelle fois il pose également à chacune et chacun d’entre nous aujourd’hui et quand je dis « chacune et chacun » c’est vraiment le cas…

Ce n’est pas seulement à une communauté chrétienne qu’il la pose mais à chacune et chacun d’entre nous individuellement…

Et cette question en sous-entend plusieurs autres :
« Quelle place est-ce que je tiens dans TA vie ? »
« Est-ce que je suis celui que TU essayes réellement de suivre ? »
« Est-ce bien moi qui suis au centre de TA vie ? »

C’est bel et bien à chacune et chacun d’entre nous que ces questions sont posées et nous sommes invités à y répondre en nos forts intérieurs et à vérifier que les réponses sont bien en accord avec notre foi et avec l’Evangile !

Pierre aussi à sa réponse, une réponse qu’il crie avec force, empreint de l’Esprit Saint : « Tu es le Messie ! »

Mais aussitôt une nouvelle question se pose à nous : « Que met-on derrière ces mots ? »

Pierre, avec son caractère bien trempé, a sans doute une définition bien à lui du Messie…

Il l’imagine de préférence grand et bien costaud, costaud comme lui, et qui viendrait restaurer la Royauté d’Israël à grands coups de pieds dans les arrières trains de ses contemporains, voir à coups de bâtons sur la tête pour ceux qui auraient vraiment du mal à comprendre…

Ce rêve de Pierre est aussi notre rêve dans ce 21ème et je suis sûr que comme moi, vous vous êtes parfois surpris à rêver d’un Messie qui d’un coup de baguette magique viendrait remettre de l’ordre dans notre monde, en faisant disparaître la pauvreté, les inégalités sociales, les violences et les guerres…

Et puis si au passage il pouvait en profiter pour faire la leçon à ce voisin qui n’arrête pas de tondre sa pelouse le dimanche matin, à mon collègue de bureau parce qu’il n’arrête pas de critiquer et à bien d’autres encore dont nous pourrions sans mal établir une liste pour que Dieu les corrige eux aussi.

Mais le Fils de l’Homme, Lui, ne voit pas du tout les choses de cette façon.
C’est ce que je disais en parlant de la première lecture tout à l’heure… Ça ce n’est pas la volonté de Dieu, c’est notre volonté !

Sa mission à lui est d’être le serviteur souffrant… encore une référence à la première lecture…

Et le voilà en train d’annoncer pour la première fois à ses disciples la façon dont il doit mourir puis ressusciter pour témoigner au monde de l’Amour de Dieu.

Un serviteur souffrant…
Pour accepter un messie de douleur, il y a un abîme à franchir…

Voilà un « concept » que nous pouvons passer toute une vie à essayer de comprendre…
Un Dieu qui est tout puissant… un Dieu qui pourrait résoudre tous les problèmes de l’humanité d’un claquement de doigts et qui choisit pourtant de souffrir en mourant sur une croix…

Le premier à se confronter à ce « concept » c’est Pierre lui-même…
Pierre, qui avait déjà sans doute échafaudé les plans d’une royauté à sa manière…

Et du coup quand Jésus commence à lui parler de la façon dont il va mourir, Pierre lui fait de vifs reproches…

Et on peut très bien l’imaginer disant à Jésus : « Doucement Maître… Tu vas nous casser la baraque… les choses vont plutôt bien pour nous en ce moment et ce serait dommage de saper le moral des troupes ! »

Mais Jésus le reprend à son tour…  « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Et c’est bien le cas… Pierre, de toute bonne volonté qu’il soit, confond sa propre volonté avec celle de Dieu !

Il est comme chacune et chacun d’entre nous… Empreints de plein de bonne volonté à n’en pas douter, mais d’une telle humanité que nous en oublions parfois cette parole du Notre Père : « Que TA volonté soit faite »

Et Jésus d’ajouter : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera. »
Et là, voilà que tous nos espoirs s’envolent…
Car c’est vrai… on veut bien faire un effort pour suivre le Christ, mais perdre sa vie… on n’avait pas forcément envisagé les choses sous cet angle…

C’est sans doute qu’il nous manque alors quelque chose d’essentiel, une chose à laquelle tous les textes d’aujourd’hui nous appellent : La foi !

Et oui la foi…
Car si nous croyons réellement en Dieu Père, Fils et Saint Esprit alors nous savons que jamais Dieu ne nous demandera de faire quelque chose au-dessus de nos forces.

Perdre sa vie, ce n’est pas mourir…
Perdre sa vie, c’est refuser de la donner…
Perdre sa vie, c’est ne pas faire suffisamment confiance en Dieu !
Perdre sa vie, c’est avoir peur de prendre la suite du Christ au service de Dieu et de nos frères !

Notre foi consiste à accepter Dieu dans notre cœur…
Notre foi consiste à L’inviter à opérer en nous les changements qui nous conduiront à nous donner complètement à Lui et à nous mettre totalement au service de nos frères.

Nous sommes tous des Mères Teresa ou des Abbés Pierre en puissance…
Ces personnes qui ont fait le don total de leur personne aux plus pauvres pour aller jusqu’au bout de leur foi.

Croyez-vous que ça leur soit tombé dessus comme ça d’un seul coup ?
Certainement pas…
Peut-être ont-ils été interpelés par tel ou tel évènement dans leur vie, mais ce n’est que parce qu’ils ont un jour décidé et accepté de se donner totalement à Dieu et aux autres qu’ils sont devenus ces êtres exceptionnels que nous connaissons.

Souvent nous pensons qu’un tel chemin, un tel destin est un chemin de douleurs et de privations…
C’est une nouvelle fois refuser d’accepter que la force que Dieu donne peut tout dépasser.
Sans en enlever le mérite, agir ainsi rend réellement heureux…

Une preuve ?

Sur chacune des photos où nous pouvons voir Mère Teresa, l’Abbé Pierre ou bien d’autre encore, ils ont toujours le sourire, preuve, s’il en était besoin, que Dieu ne leur a rien pris au contraire, il leur a tout donné.


Amen.

dimanche 6 septembre 2015

2015-09-06 - B - 23ème dimanche du temps ordinaire - « Il fait entendre les sourds et parler les muets » (Mc 7, 31-37)


23ème dimanche du Temps Ordinaire
1ère lecture : « Alors s’ouvriront les oreilles des sourds et la bouche du muet criera de joie » (Is 35, 4-7a)
Lecture du livre du prophète Isaïe
Dites aux gens qui s’affolent :
« Soyez forts, ne craignez pas.
Voici votre Dieu :
c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu.
Il vient lui-même et va vous sauver. »
    Alors se dessilleront les yeux des aveugles,
et s’ouvriront les oreilles des sourds.
    Alors le boiteux bondira comme un cerf,
et la bouche du muet criera de joie ;
car l’eau jaillira dans le désert,
des torrents dans le pays aride.
    La terre brûlante se changera en lac,
la région de la soif, en eaux jaillissantes.
    – Parole du Seigneur.
2ème lecture : « Dieu n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres pour en faire des héritiers du Royaume ? » (Jc 2, 1-5)
Lecture de la lettre de saint Jacques
Mes frères,
dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire,
n’ayez aucune partialité envers les personnes.
    Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps
un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or,
et un pauvre au vêtement sale.
    Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant
et vous lui dites :
« Assieds-toi ici, en bonne place » ;
et vous dites au pauvre :
« Toi, reste là debout »,
ou bien :
« Assieds-toi au bas de mon marchepied. »
    Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous,
et juger selon de faux critères ?
    Écoutez donc, mes frères bien-aimés !
Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi
ceux qui sont pauvres aux yeux du monde
pour en faire des riches dans la foi,
et des héritiers du Royaume
promis par lui à ceux qui l’auront aimé ?
    – Parole du Seigneur.
Evangile : « Il fait entendre les sourds et parler les muets » (Mc 7, 31-37)
Acclamation :
Jésus proclamait l’Évangile du Royaume
et guérissait toute maladie dans le peuple.
Alléluia.
(cf. Mt 4, 23)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là,
    Jésus quitta le territoire de Tyr ;
passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée
et alla en plein territoire de la Décapole.
    Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler,
et supplient Jésus de poser la main sur lui.
    Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule,
lui mit les doigts dans les oreilles,
et, avec sa salive, lui toucha la langue.
    Puis, les yeux levés au ciel,
il soupira et lui dit :
« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
    Ses oreilles s’ouvrirent ;
sa langue se délia,
et il parlait correctement.
    Alors Jésus leur ordonna
de n’en rien dire à personne ;
mais plus il leur donnait cet ordre,
plus ceux-ci le proclamaient.
    Extrêmement frappés, ils disaient :
« Il a bien fait toutes choses :
il fait entendre les sourds et parler les muets. »
    – Acclamons la Parole de Dieu.



« Effata ! »
« Ouvre-toi ! » Le mot de Jésus dans l’Evangile, un mot que nous pouvons prendre en trame de fond du message que nous délivrent les trois textes de ce dimanche.

« Ouvre-toi ! » c’est d’abord le message d’Isaïe dans la première lecture !
« Ouvre-toi » à l’Espérance et chacun sait que notre monde en a besoin, notre monde mais nous aussi parfois !

Combien ne sommes-nous pas à nous lamenter sur le monde qui nous entoure… alors même que nous, les chrétiens, nous devrions être des exemples de foi, des exemples de confiance en un demain avec Dieu…
Et bien nous nous lamentons nous aussi…

Nous nous lamentons parce que nos églises se vident…
Nous nous lamentons parce que le nombre de nos prêtres diminuent…

Et quand ce n’est pas par les problèmes de l’église que nous nous laissons envahir, c’est par des problèmes de de famille, de voisinage, de scolarité pour nos enfants, de boulot,…
Nous nous plaignons de nos voisins, de nos familles, des enseignants de nos enfants, des dirigeants de notre monde, etc… etc…

Nous sommes toujours en train de râler pour quelque chose qui ne va pas et à force d’accumuler ces années passées à râler nous finissons par nous renfermer sur nous-mêmes, à nous isoler parce que nous avons été déçus par untel ou par un autre…

C’est à tout le contraire de cela que nous invite Isaïe !
Lui aussi, à sa manière, il nous invite à nous ouvrir… nous ouvrir sur l’Espérance avec un grand « E », celle que nous pouvons mettre en Celui qui ne nous décevra jamais Lui !

Cette Espérance fait partie de toute vie chrétienne nous le savons tous !
Tous nous savons que Dieu nous apporte tout son Amour, un amour qui peut tout changer dans nos vies…
Et pourtant…

Et pourtant à nous aussi il arrive de ne plus y croire…
Nombre de chrétien sonnent creux !

Certes ils continuent à aller à la messe… par habitude…
Certes ils continuent à s’investir dans tel ou tel mouvement d’Eglise… mais plus pour s’occuper ou parader – ça arrive aussi – que par vraie vocation…

La flamme n’y est plus, mise en veilleuse et parfois même éteinte par une amertume sans cesse grandissante au vue de tout ce qui se passe de difficile dans notre monde.

Le message des textes d’aujourd’hui et donc d’autant plus important !
Il est fait pour chacun, il est donc fait pour nous dans cette assemblée si nous sommes en veilleuse, si nous avons perdu l’Espérance en un monde meilleur avec Dieu.

L’ouverture dont nous parlent les textes d’aujourd’hui, n’est pas seulement liée aux oreilles et à la bouche comme cela nous est raconté dans l’Evangile… C’est à notre cœur que les trois textes d’aujourd’hui s’adressent !


Isaïe nous dit « c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu »
Ces mots pris dans un texte biblique surprennent parfois, voir choquent !

C’est parce que nous les entendons avec nos oreilles et pas avec notre foi !

Isaïe ne parle bien entendu pas de se venger ou de prendre une revanche sur ceux qui nous ont fait du mal mais sur le mal lui-même !

(sur le ton de l’humour)
Je rappelle à toutes fins utiles que Dieu n’est qu’Amour et Pardon !
Ce n’est que notre humanité, empreinte d’amertume et de douleur qui nous fait voir les choses autrement.


Après Isaïe c’est au tour de Saint Jacques de nous appeler à l’ouverture…
Le texte vous a sans doute paru plus clair que celui d’Isaïe.

Chacun de nous peut sans aucun doute se retrouver dans la façon dont Saint Jacques appelle ses contemporains à s’ouvrir, s’ouvrir aux autres cette fois !

Nous sommes ici invités à sortir de nos schémas, nos préjugés !

Tout autant que nous sommes, nous sommes trop souvent attachés à l’apparence bien d’avantage qu’au cœur des personnes que nous rencontrons.

Je suis certain que si chacun d’entre nous creuse un peu dans son cœur, il peut – tout comme moi d’ailleurs, je ne fais pas exception à la règle – il peut donc, retrouver dans un coin de son expérience personnelle, un de ces moments où il a d’avantage fait attention à l’apparence qu’au cœur d’une personne rencontrée.

Il arrive en pareil cas que nous finissions par être déçus de nos choix…
Se fier à une apparence, c’est nous priver de la rencontre de la sincérité, celle dans laquelle le Seigneur est pourtant présent !

Je vous raconte une anecdote…

Un samedi matin à l’accueil de la paroisse de LESTREM.
Se présente un jeune couple qui demande le mariage.
Tous deux sont de condition très modeste…
Tous deux sont habillés simplement et ne savent pas très bien comment s’adresser à l’Eglise… Leurs mots sont hésitants, leurs phrases viennent difficilement, etc…

C’est moi qui suis à l’accueil ce jour-là et très vite, malgré l’apparence que je donne, le sourire de circonstance que j’arbore… très vite je me sens en faux… Je sens un énorme décalage entre ce sourire que j’arbore et l’accueil que je leur fais réellement…

Mal à l’aise, je fais le strict nécessaire… je prends l’inscription et je laisse repartir ces deux jeunes gens…

Les jours, les semaines passent et avec eux le sentiment de culpabilité que je ressentais…
C’était sans compter avec la providence de Dieu.

Fin octobre, nous nous retrouvons entre diacres et prêtres pour décider, en fonction de nos agendas, de quel mariage sera célébré par quel prêtre ou diacre.

Arrive le mariage de ces deux jeunes…
Aucun de mes « confrères » n’est disponible à cette date et moi je n’ai strictement rien dans mon agenda…

Dieu s’est-il révélé ?
Je le crois et je l’en remercie !

La rencontre que j’ai eue avec ce jeune couple a été une des plus belles de mon court ministère diaconal…
Des échanges d’une rare vérité et d’une étonnante sincérité…

Que n’aurai-je manqué si la providence divine n’était pas passée par là !

Et bien il en est de même pour chacun d’entre nous…
« Dieu (…) n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi… » nous rappelle Saint Jacques ?

Ce qu’il nous faut, c’est avoir le même regard que Dieu sur toutes celles et ceux qu’Il met sur les routes de nos quotidiens…

Vient enfin le texte d’Evangile… Un texte qu’une fois encore nous connaissons bien…

L’itinéraire qui débute cet Evangile est simplement là pour nous dire que Jésus est partie en terre païenne…
Il est parti parmi ceux qui ne connaissent pas la Parole de Dieu… qui n’en ont jamais entendu parler…

Pourquoi nous dit-on cela ?
Pour nous rappeler que la bonne nouvelle n’est pas réservée à quelques-uns mais au monde entier… Elle n’est pas seulement réservée à ceux qui croient en Dieu mais à tous sans aucune exception, y compris ceux qui nous dénigrent voir nous persécutent !

L’analogie avec le sourd muet est facile à faire.

Jésus est au milieu de ceux qui n’ont pas d’oreille pour entendre la Parole de Dieu ni de bouche pour proclamer sa louange…

Et ils ne sont pas nécessairement sourds au sens littéral du terme…
Ils entendent très bien ce qui les entoure… Mais jusque-là, ils n’ont entendu que la voix de leurs idoles…

Et même s’ils conversent chaque jour avec leur entourage ils sont cependant muets… Ils se contentent encore une fois de ne parler de ce qui les intéresse eux…

Et nous ?
21 siècles plus tard ne sommes-nous pas pareils ?

« Il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre » nous dit le dicton !
Combien de fois ne fermons nous pas nos oreilles et notre cœur aux bruits de notre monde parce qu’ils viennent déranger notre petite vie tranquille et peut-être remettre en question nos privilèges ?

Combien de fois ne sommes-nous pas muets également ?
Nous avons souvent des grandes gueules quand il s’agit de défendre nos propres intérêts mais nous sommes bien souvent muets quand il s’agit de prendre fait et cause pour notre Dieu ou encore pour nos frères qui souffrent très loin ou tout proche de nous !

Combien sommes-nous encore à oser dire que nous sommes chrétiens dans nos milieux professionnels et même familiaux ?
Comme Pierre à l’arrestation de Jésus nous préférons bien trop souvent dire que nous ne sommes pas de ceux-là…

Aujourd’hui c’est donc nos bouches nos oreilles et surtout nos cœurs que le Seigneur vient toucher pour nous dire à nous aussi « Effata ! »

Et comme d’habitude si Dieu nous demande cela ce n’est pas par lubie…
Ce n’est pas non plus seulement pour nous culpabiliser que Saint Jacques nous donne ce bel exemple de fraternité…

Comme je le disais en commençant mon homélie la semaine dernière, tout ce que Dieu veut, c’est notre bonheur !

S’il nous envoie sur les chemins de nos frères, s’il nous invite à l’ouverture en ce dimanche, c’est parce qu’Il nous aime et qu’Il sait que c’est là que se trouve le vrai bonheur pour chacun d’entre nous.

Chaque fois que nous n’ouvrons pas la porte à nos frères, chaque fois que nous leur réservons un mauvais accueil parce qu’ils ne sont pas aussi chichement vêtus que d’autres, parce qu’ils ont du mal à s’exprimer, parce que que ceci ou cela, c’est aussi nous que nous privons de la rencontre d’un frère en Jésus Christ !

Notre Saint Père ne nous demande rien d’autre quand il nous invite  à aller jusqu’aux « périphéries » !

Dieu nous appelle une fois encore !
Laissons-le ouvrir nos cœurs aux chemins de Son Amour !


Amen.